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Il y a tant à dire sur les jeunes entrepreneurs dont les profils, les itinéraires et la qualité sont aussi diversifiés que les spécificités régionales de ce pays continent qu'est l''Algérie!
Ce n'est pas la première tentative de fédérer les associations ou les groupes de jeunes entrepreneurs dans une organisation d'envergure nationale.
Mais les interférences politiques ont eu raison de la volonté de ceux qui avaient sentis qu'"unis et solidaires", les jeunes entrepreneurs pourraient avoir plus de poids pour réaliser leurs projets et surtout se libérer des tentacules bureaucratiques et des prédateurs qui les ponctionnent ( au niveau de l'achat des équipements, de l'obtention des marchés, etc..).
Si ces assises nationales pour la création de l'ANJE (association nationale des jeunes entrepreneurs) sont à saluer, il faut craindre que cette association ne contracte une maladie infantile qui va lui coûter cher voire la rendre impotente pour les années qui viennent.
Pourquoi cette prédiction pessimiste ?
Pour la simple raison que la création d'une association qui réunit les entrepreneurs est une affaire de la société civile. Autrement dit, plus le gouvernement garde ses distances, plus elle aura de chances de remplir la mission pour laquelle elle est constituée c'est à dire promouvoir les intérêts matériels et moraux de ses adhérents et surtout améliorer les conditions cadre de l'activité des nouvelles entreprises dirigées par jeunes qu'elles soient ou non soutenues par l'état.
A ce stade néonatal et dans le contexte des élections législatives imminentes, l’immixtion du gouvernement fait d'emblée de cette organisation un enjeu électoral que se disputeront les partis (concurrents) de la majorité. Toutes les ficelles seront utilisées pour qu'émerge une direction prête à prendre une posture de "client" d'un des courants dominants au niveau du pouvoir.
A nouveau, comme pour les "syndicats maison", cette association va se satelliser et devenir une courroie du système c'est à dire qu'elle représentera les vues du gouvernement auprès des jeunes entrepreneurs au lieu d'être l'émanation des jeunes entrepreneurs auprès des pouvoirs publics et de la société.
On ne construit pas une association de ce type en commençant par son "toit" - une direction nationale- mais par ses fondations avec une approche participative qui va de la base au sommet et non du sommet vers la base!!!
Que nous apprend l'expérience internationale en matière de création d'entreprises notamment dirigées par des jeunes? Ont ils réussis parce qu'elles étaient soutenues par l'état? Ou bien parce que les conditions de création, de transmission et de dissolution, d'entreprises étaient facilitées, les structures qui fournissent les services aux entreprises professionnalisées et les banques de véritables partenaires et non point de simples guichets pour "tamponner" des dossiers après moult contrôles tatillons et décaisser des crédits?
En période d'abondance, "on" a même autorisé (toléré) que les crédits ANSEJ servent à financer les mariages. En période de vaches maigres, va-t-"on" exiger l'abstinence?

Tant que l'entrepreneuriat établi, celui qui a une puissance potentielle pour inonder le marché national et exporter des biens et des services fait face à d'innombrables et inexplicables "bâtons dans les roues" parce qu'il défend d'abord ses intérêts et non pas ceux du parrain ou du Prince, il parait illusoire de vouloir convaincre la société et en particulier les investisseurs de la sincérité des proclamations officielles ... qui seront oubliés dès que les caméras auront quittés les enceintes où elles ont été prononcées et qui n'engageront que ceux qui y ont crues.
Le potentiel de richesses dont dispose l'Algérie, la capacité entrepreneuriale de sa jeunesse instruite peuvent créer bien plus de 45000 emplois salariés par an comme cité dans l'article par M. Haddouche...Chaque année, c'est presque dix fois (400 à 500 mille) jeunes qui entrent dans le marché du travail à la recherche d'opportunités économiques pour se procurer des revenus et s'insérer dans la vie active comme créateur de valeur-ajoutée.
Pour que les entreprises dirigées par des jeunes puissent se créer, se développer et gagner de l'argent en contre-partie des valeurs qu'elles apportent et des impôts qu'elles versent, ils faut libérer les porteurs de projets du double fléau que représentent les bureaucrates d'un côté et les informels de l'autre. Ces deux fléaux s'alimentent car beaucoup d'entrepreneurs se retrouvent dans l'informel en raison des tracasseries bureaucratiques et des ponctions infondées auxquelles ils font face.
La première urgence est de mettre en place un organe indépendant de Médiation, qui puisse intervenir, y compris en accédant au plus haut niveau, lorsque des dépassements sont signalés dans n'importe quelles régions du pays et secteur.
La seconde urgence est de faciliter l'acte d'investissement pour ceux qui activent dans l'économie numérique afin d'accroître l'offre de service en matière de formation qualifiante dans tous les domaines en particulier ceux qui ont un rapport direct ou indirect avec les entreprises de production de biens et de services. Si un tel effort est fait, on peut attendre qu'en moins de trois ans, le Label Qualité "made In Algéria" obtienne un reconnaissance de tous les clients, qu'ils soient des nationaux ou des étrangers. De plus, les outils numériques vont permettre de développer le travail à distance, d’accélérer les échanges sans avoir à subir le calvaire des embouteillages et le diktat des "coupeurs de routes nationales", d'économiser du temps et du carburant...In fine, ce sera une augmentation de la productivité et de la performance. Le capital qui sera épargné pourrait être réinvesti élargissant ainsi les bases de l'accumulation de la production et du savoir, ce qui permettrait d'engager un processus d'innovation en profondeur et aboutira à créer de nouveaux produits algériens qui ne pourront pas être concurrencés ou qui le seront difficilement.
Pour illustrer mon propos, un exemple: une architecte algérienne développe depuis des années des idées pour renouer avec les constructions à partir de l'argile et de la terre. C'est une tendance mondiale qui s'impose d'elle même grâce à la minorité convaincue qu'il faut réagir tant qu'il est encore temps pour se protéger des impacts du changement climatiques en réduisant les émissions de GES. Un énorme chantier attend les innovateurs algériens dans le domaine de la construction et de l"habitat. Il reste à se retrousser les manches et à faire carburer leurs méninges pour retrouver les techniques appropriées à un usage de ces matériaux pour qu'ils répondent aux exigences de la modernité (économie, durabilité, sécurité, confort, etc.). Ce seront des millions de dollars d'économisés, des millions de personnes logées et des espaces de production, de vente, de formation ou de loisirs mis à la disposition des populations ..à condition de se départir du mimétisme socioculturel qui a rendu notre société mentalement dépendante des modèles pensés ailleurs.
Devrions nous faire une Révolution Culturelle pour nous en sortir? Il faut le croire...Et les jeunes entrepreneurs, dans tous les domaines économique, social culturel et scientifique devront en être le fer de lance!
Il suffit de le décider de s'y engager.