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Mercredi, 23 Août 2017

  •   Hassan Haddouche
  • jeudi 13 avril 2017 13:12

La Banque d’Algérie livre le premier rapport de l’ère Loukal sur la situation économique et financière du pays

Mohamed Loukal, le gouverneur de la Banque d’Algérie (photo publiée sur le site web de l’APS).

La présentation, ce mercredi, au Conseil de la Nation, du rapport sur les évolutions financières et monétaires pour 2015 ainsi que les « grandes orientations » pour 2016 vient combler un vide qui durait depuis maintenant plus d’une année.

 

La dernière note de conjoncture de la Banque d’Algérie datait du mois de mars 2016 et portait sur situation économique et financière du pays au dernier trimestre 2015. Plus rien depuis cette date. La faute sans aucun doute au limogeage de Mohamed Laksaci intervenu en juin 2016. Le nouveau Gouverneur de la Banque d’Algérie aura donc mis près d’une année à « trouver ses marques ». Dans l’intervalle, la nature ayant horreur du vide, la parole sur l’économie algérienne, à part quelques informations livrées au compte-gouttes sur le niveau des réserves de change, a surtout été le fait des institutions financières internationales. Une bonne raison pour saluer le « rapport » de Mohamed Loukal devant les sénateurs.

 

Une Banque d’Algérie plus « en phase » avec le gouvernement ?

 

Beaucoup d’observateurs et d’acteurs du milieu financier ont été tentés de donner une signification de politique économique au remplacement de Mohamed Laksaci. Au cours des dernières années, la Banque d’Algérie s’était en effet « reconstruit » une réputation flatteuse d’indépendance vis à vis de l’exécutif, en particulier grâce à une série d’« avertissements » adressés au gouvernement à propos de la montée des déséquilibres financiers internes et externes consécutifs à la chute des revenus pétroliers, une posture qui lui avait valu une certaine estime médiatique.

Les derniers rapports de la Banque d’Algérie confirmaient « l’ampleur du choc externe qui pèse sur une économie nationale très vulnérable à la ressource hydrocarbures ». Ils jugeaient en particulier « insoutenable » l’évolution des finances publiques et « préoccupante » la réduction accélérée des réserves de change en invitant explicitement le gouvernement à opérer les ajustements nécessaires en matière de réduction des dépenses publiques et de contrôle des importations.

On cherchera en vain, dans l’intervention de M. Loukal devant les sénateurs les traces d’une prise de distance à l’égard de la politique économique et financière mise en œuvre par le gouvernement depuis une année. La faute peut être au « format » de son intervention ou à la façon dont en rend compte l’agence officielle Algérie Presse Service ? En tout cas, on retiendra surtout que pour le gouverneur de la Banque centrale, « la situation financière externe de l’Algérie est solide et relativement confortable » en dépit d’une réduction du niveau des réserves de change dont il ne communique d’ailleurs pas le niveau exact à fin mars. Le style du nouveau staff dirigeant de la Villa est aussi celui d’une communication devenue assez « imprévisible ». On attend donc avec intérêt de savoir si M. Mohamed Loukal continuera de s’exonérer de la discipline qui avait conduit depuis de très nombreuses années la Banque d’Algérie à publier des rapports trimestriels sur la situation économique et financière du pays.

 

La croissance en 2016 révisée en hausse à 4%

 

La communication, sans doute volontairement, très « technique » du gouverneur de la Banque d’Algérie livre, cependant, beaucoup informations et comble de nombreuses lacunes à propos de notre situation économique et financière en 2016. On apprend ainsi pour la première fois que la croissance économique du pays a été révisée en hausse à 4% contre 3,8% en 2015, Une estimation sensiblement supérieure à celle communiquée par le FMI voici encore quelques semaines. Cette performance est imputable surtout à « une évolution soutenue » du secteur des hydrocarbures qui a enregistré une croissance de 5,6% l’année dernière (contre 0,4% en 2015) avec une hausse très importante de 10,6% des volumes exportés par rapport à 2015. Un chiffre qui mérite certainement d’être signalé dans les débats en cours actuellement sur la « fiabilité » des ressources algériennes en hydrocarbures.

La croissance du PIB hors hydrocarbures, en revanche, est en baisse très sensible à 3,7% (contre 5% en 2015). Un résultat sur lequel la communication du gouverneur de la Banque d’Algérie ne s’appesantit pas. Selon M. Loukal « les mêmes facteurs de croissance observés en 2015 l'ont été en 2016, avec une croissance tirée essentiellement des secteurs de l’agriculture, de l’industrie, du BTPH et des services marchands ».

 

La rente pétrolière en baisse sensible en 2016

 

Beaucoup d’informations aussi en relation avec la partie pétrolière et « rentière » de l’économie nationale. Bien que la croissance du secteur des hydrocarbures se soit fortement accélérée l’année dernière, les indicateurs financiers du secteur sont en berne. La moyenne du prix du baril de pétrole algérien a été de 45 dollars en 2016, contre 53 dollars en 2015 et 100 dollars en 2014. De ce fait, les exportations d’hydrocarbures ont reculé à 27,6 milliards de dollars à fin 2016 (contre 33 milliards en 2015). La fiscalité pétrolière a, en conséquence, également reculé sensiblement à 1.805 mds de DA à fin 2016 contre 2.273 mds de DA à fin 2015.

 

Finances publiques : une réduction des dépenses de 5%

 

En matière de finances publiques on retiendra que selon M. Loukal, le Fonds de régulation des recettes (FRR) a atteint son seuil légal minimum de 740 mds de DA en février 2016, un seuil qui, rappelle-t-on, a été supprimé par la loi de finances pour 2017.

Le gouverneur de la Banque d’Algérie livre également une information inédite : « La dépense publique effective a atteint 7.303 mds DA en 2016 (contre 7.656,3 mds de DA en 2015), soit une réduction voisine de seulement 5 % l’année dernière. Un chiffre qui n’est accompagné d’aucun commentaire si ce n’est, curieusement, celui sur la « stabilité » de ces dépenses…

Autre chiffre tout à fait inédit livré par M. Loukal : la souscription des banques à l’Emprunt obligataire pour la croissance a atteint l’année dernière un montant de 158,9 mds de DA, soit finalement moins de la moitié des ressources collectées.

 

Une communication « minimale » sur le dinar

 

On attendait avec curiosité depuis juin dernier les commentaires du nouveau staff dirigeant de la Banque d’Algérie sur la gestion de la valeur de la monnaie nationale Sous l’autorité de Mohamed Laksaci, la Banque centrale n’avait, en effet, pas fait mystère du nécessaire « ajustement » de la valeur de la monnaie nationale par rapport au niveau de la rente pétrolière. Peu avant son remplacement, M. Laksaci lui-même avait été fortement chahuté par des députés, y compris au sein de la majorité présidentielle, qui lui avait reproché notamment d’avoir « détruit le dinar » et avaient réclamé purement et simplement la « fermeture » du marché parallèle de la devise.

Sur ce chapitre sensible, Mohamed Loukal est resté très avare de commentaires. Pour ce qui est du taux de change du dinar, il se contente de relever qu’« il a connu une légère amélioration en 2016 pour atteindre 116 DA/1 euro et continue dans la même tendance durant le premier trimestre de 2017 ». Aucun commentaire, bien sûr, à propos du marché parallèle de la devise sur lequel la valeur du dinar algérien a fortement reculé depuis un an.

 

Les « situations dominantes » responsables de l’inflation

 

S’il faut chercher une prise de distance de la Banque d’Algérie à l’égard du Gouvernement, on la trouvera sur le chapitre de l’inflation. « L’année 2016 a été marquée par un retour de l’inflation », a relevé le gouverneur, avec un taux moyen de 6,4% contre 4,8% en 2015.

Sur ce point, le premier responsable de la Banque des banques s’attribue un satisfecit en estimant que « l’inflation aurait été plus sévère sans l’intervention de la politique monétaire ». Il prolonge également une polémique avec le ministère du Commerce devenue traditionnelle en attribuant les causes de cette accélération récente de l’inflation à des « situations dominantes dans certains marchés » et en écartant le fait qu’elle soit le produit d’une expansion de la masse monétaire ou bien d'une hausse des prix à l’importation.


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