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Mardi, 12 Décembre 2017

  •   Farhat Othman
  • lundi 12 juin 2017 11:10

Loin de Tunis, l'islamisme est une réalité et l’État une pure abstraction (opinion)

Photo d'archives (DR) : manifestation dénonçant l'exécution par les groupes armés de Mabrouk Soltani, un berger de la pauvre localité de Slatniya.

Dix-huit mois après son frère Mabrouk, Khalifa Soltani a été enlevé et exécuté par des islamistes armés, à Slatniya, une localité pauvre où l’Etat se montre si incapable de protéger ses citoyens*.

 

 

Le terrible drame frappant pour la seconde fois la famille Soltani interpelle toute conscience libre en Tunisie : pourquoi donc nos jeunes sont ainsi martyrisées, non seulement par les terroristes, mais aussi par la police   

Certes, il n’y a pas de lien direct entre un meurtre horrible et les exactions qu’on n’arrête plus d’égrener contre les jeunes, une fois pour homosexualité, une autre pour consommation d’alcool et récemment pour rupture publique du jeûne durant ramadan. Il n’empêche, ce sont toujours les jeunes qui sont les victimes, d’un côté des violeurs du droit et de l’autre des forces de l’ordre. Celles-ci ne seraient-elles pas appelées à protéger non jeunes    Pourquoi donc continuer à les harceler au lieu de ne s’occuper que des violeurs du vivre-ensemble   

 

L’État ne protège pas assez ses citoyens

 

L’État tunisien avait déjà, par la bouche du président de la République, assuré protéger la famille Soltani. Or, il n’en a rien été ; et la pauvre mère de cette famille déjà cruellement éplorée vient de perdre un second fils. Comment la jeunesse pourra-t-elle encore faire confiance à un État incapable de tenir parole 

On chercherait à faire soulever la jeunesse contre ses autorités qu’on n’agirait pas autrement !  Alors, y aurait-il des volontés occultes infiltrées dans l’État et qui agiraient en douce pour saper le socle de confiance qu’il a encore auprès du peuple 

On veut bien accepter la persistance des poches terroristes dans leurs supposés repaires inexpugnables bien que cela ne s’explique logiquement pas, surtout avec une volonté réellement farouche pour les éliminer. Mais pourquoi ne pas faire la lumière sur la constitution de ces poches cancéreuses   Cela ne lèverait-il pas le voile sur pas mal de graves choses tues qui empêchent l’État d’être performant dans sa lutte contre le terrorisme 

On l’a souvent dit et répété : le terrorisme dont souffre la Tunisie est d’abord dans les têtes de certains qui contrecarrent impunément l’action des autorités, les empêchant de protéger suffisamment les citoyens. Une campagne similaire à la campagne mains propres doit être décidée ciblant les mentalités intégristes, terreau de l’intégrisme. 

 

L’État brime sa jeunesse

 

C’est le mental intégriste qui permet que nos jeunes, déjà exposés aux terroristes, soient brimés dans leur vie de tous les jours. Pourtant ils ne font de mal à personne fumant un joint, buvant de l’alcool, y compris le vendredi et durant ramadan, ou ne jeûnant pas durant ce mois saint et faisant librement le sexe.

Que veulent donc nos autorités en empêchant la jeunesse de vivre sa vie en toute liberté   Ne vaut-il pas mieux faire l’amour plutôt que la guerre   D’aucuns ne cherchent-ils pas à pousser nos jeunes à bout pour verser dans le banditisme et le terrorisme 

C’est assurément le résultat inéluctable du harcèlement dont font l’objet de plus en plus nos jeunes alors que la Constitution, et aussi la religion du pays, consacrent leurs droits à vivre pleinement leurs libertés privées.

Il est un mythe dont il nous faut nous débarrasser au plus vite : celui du conservatisme social, car la société est bien plus libertaire qu'on ne le croit. Elle joue tout juste et en apparence à se montrer faussement conservatrice par instinct de conservation afin de se préserver des lois scélérates qu'il nous faut abolir au plus vite.

  

Abolir les textes scélérats

 

Lutter contre le terrorisme ne suffit pas si l’on se contente de l’usage de la force qui a ses limites ; on l’a bien vu avec le second drame des Soltani. Pourtant, la famille habite une zone contiguë à la ligne de front où stationne l’armée. Cela démontre que l’armée seule ne suffira pas à endiguer le terrorisme ; les forces de l’ordre doivent n’avoir plus de soucis que les vraies infractions portant atteinte au vrai ordre public et non à un quelconque ordre moral.

Il nous faut donc agir aussi sur le terrorisme mental qui fait qu’une part de nos forces de l’ordre poursuit les jeunes pacifistes plutôt que leurs bourreaux. Or, cela se fait du fait que nos lois scélérates sont toujours en vigueur. Aussi faut-il les abolir en préalable à une victoire qui sera alors assurée sur tout terrorisme.

Il est temps que l’État civil devienne une réalité concrète, consacrant la distinction de la sphère privée de la vie des gens, ne regardant point les autorités publiques, et la sphère publique où la religion n’a point à entrer. C’est cela la conception véritable de l’islam qui est, à l’origine, un ensemble de droits et de libertés consolidant une foi libre, avant que des saltimbanques transis de religiosité ne le défigurent.

Que les plus hautes autorités nationales, dans leur lutte contre le terrorisme et leur action pour assainir les mœurs politiques, s'attaquent aussi aux mœurs sociales en osant décider un moratoire immédiat sur tous les textes scélérats.

Et qu'on commence, en ce mois sacré, par décréter la liberté de ne pas jeûner en autorisant l'ouverture, sans aucune restriction, des cafés et restaurants ! C'est le pendant logique de celle de jeûner, l'islam n'ayant jamais fait du jeûne une obligation absolue, ni jamais forcé le croyant à avoir la foi qui doit être libre et sincère.

 

(*) Ce texte a été publié initialement sur le blog de l’auteur sous le titre : "L'Etat est responsable du nouveau drame des Soltani". Nous le republions avec son aimable accord.

 

 


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