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Jeudi, 23 Novembre 2017

  •   Ahmed Henni
  • jeudi 13 octobre 2016 08:01

Présidentielles françaises - Le grand capital n'a plus besoin de Nicolas Sarkozy (analyse)

Nicolas Sarkozy lors d'un meeting à Nancy, le 2 avril 2012 (Photo publiée sur Wikipedia).

Pour l’auteur*, après avoir accompli sa mission historique de transition vers un capitalisme du tertiaire, Nicolas Sarkozy n'a plus d'utilité historique pour les fractions montantes du capitalisme français. Celles-ci, rappelle-t-il, contrôlent la quasi-totalité des grands médias privés et amplifient les éléments qui entravent sa candidature, ne serait-ce qu'en appelant les électeurs de gauche à l'éliminer lors des primaires.

 

 

Les événements récents donnent l’impression que tout est fait par certaines élites pour éliminer Nicolas Sarkozy de la course à la présidentielle. Cette conjugaison tous azimuts de forces de droite ne manque pas d’interroger historiquement. Le favori du capital en 2007 est devenu, soudain, un pestiféré. Son rôle historique est en effet bien terminé. Il a permis entre 2007 et 2012 à de nouvelles fractions du capital de battre en brèche l’hégémonie des anciennes couches patronales liées aux élites de l’État gaulliste et même de les supplanter. Cette mission menée à bien, il pourrait représenter aujourd’hui un danger pour la stabilité du pays. La bourgeoisie aime bien diviser mais elle préfère éviter, quand elle le peut, les guerres civiles. Or, M. Sarkozy allume chaque jour de nouveaux feux. La nécessité des suffrages populaires dont a besoin la bourgeoisie, et qu'il a apportés en 2007, semble aujourd'hui compromise par la connivence de plus en plus marquée de Sarkozy avec les outrages racistes et autoritaires de l'extrême droite, sans compter un possible accident judiciaire qui annulerait le rendement en termes de retour politique de tout investissement financier sur son nom. D'autres porte-paroles, plus convenables, apparaissent comme Alain Juppé ou François Fillon et, plus jeunes, comme Nathalie Kosciusko-Morizet (polytechnicienne) ou encore Emmanuel Macron (énarque), destinés à prendre la relève.

Il faut remonter à 1981 pour trouver les éléments qui éclairent la dynamique que connaît le grand capital français depuis trente ans. Arrivés au pouvoir, les socialistes procèdent à deux opérations. L'une, de type macro-économique, se traduit par la nationalisation de la quasi-totalité du grand capital industriel et bancaire – la distribution est ignorée. Elle s'accompagne de restructurations qui, ici, regroupent des entreprises et, là, les démantèlent. La nouvelle structuration s'accompagne d'une seconde opération que mène le pouvoir socialiste : la nomination de dirigeants qui, pour quelques-uns, ne sont plus ingénieurs des Mines ou polytechniciens, mais énarques (Alain Gomez, par exemple, PDG de Thomson de 1982 à 1996, nommé par le socialiste Pierre Mauroy et remercié par le dit gaulliste Alain Juppé qui, en 1996, voulait céder Thomson au coréen Daewoo pour un franc symbolique !). Alain Boublil, ancien de Sciences-po, est alors conseiller du président Mitterrand pour l'industrie. Même les entreprises déjà nationalisées sont touchées. Bernard Vernier-Palliez, né en 1918, PDG de Renault de 1975 à 1981, est recasé ambassadeur à Washington. Ambroise Roux, l'un des parrains symbolisant l’alliance passée du grand capital et des élites gaullistes d’État, patron de la Compagnie générale d'électricité, démissionne. Cependant, au grand soulagement des corps de pouvoir traditionnels (Mines, Polytechnique, Ponts et chaussées), la plupart des PDG-ingénieurs alliés aux élites gaullistes sont reconduits par le gouvernement socialiste : les cinq nominations « industrielles » décidées sur la proposition du ministre de l’Industrie d'alors, Pierre Dreyfus, sont accueillies avec soulagement par l'establishment industriel. On ne fait pas attention aux nominations des PDG des nouvelles banques nationalisées. On ignore le tertiaire. Or, c'est de là que viendra la menace sur le grand capital industriel installé.

Avec François Mitterrand, viennent aussi des personnages situés hors des sphères de pouvoir industrialo-gaullistes. Voici Alain Boublil, qui sera impliqué dans la spéculation boursière en liaison avec Péchiney. Voici Bernard Tapie, qu'il est inutile de présenter; or, c'est un cas emblématique : ce sont les crédits accordés par la nouvelle banque nationalisée qu'est le Crédit lyonnais qui sont derrière son ascension, comme de celles de nouveaux venus dans la sphère des fortunes françaises (François Pinault, André Arnault) qui percent dans la distribution (Le Printemps, La Redoute) et le luxe (Louis Vuitton-Moët-Hennessy). Pierre Bergé, nouvel ami du président, venant de la haute couture et des arts (opéra), commence à acquérir une grande influence. Ils iront loin et se donneront les moyens médiatiques de leur nouveau pouvoir : Arnault achète en 2007 Les Échos, groupe qui comprend également Radio Classique et les magazines Investir et Connaissance des arts, puis en 2012 Le Parisien. Pierre Bergé s'associe en 2010 avec Xavier Niel, venu du secteur tertiaire (communications) et Matthieu Pigasse, énarque, responsable des fusions-acquisitions de la banque Lazard pour prendre une participation majoritaire dans le groupe La Vie-Le Monde (Le Monde, Courrier international, Télérama…). 

Ces nouveaux seigneurs ont accumulé dans le tertiaire (en 2007, Arnault entre dans le capital de Carrefour, communications, édition, banque, etc.) et sont plus cosmopolites (Pinault installe son musée à Venise, Arnault demande en 2012 la nationalité belge, Drahi a la nationalité israélienne, etc.). En 1996, Arnault est témoin du mariage de Sarkozy avec Cécilia. Le soir de l'élection de Sarkozy en 2007, il fait partie des invités au Fouquet's. Le secteur public n’échappera pas à l'intrusion du tertiaire : Henri Proglio, PDG d’Électricité de France de 2009 à 2014, vient des Hautes études commerciales. Une autre intrusion est celle de Bouygues, tertiarisé, dans le capital d'Alstom (21%), avec la bénédiction du gouvernement Villepin et malgré la présence de François Loos, ministre délégué à l'Industrie et ingénieur Mines-Polytechnique. Bouygues, à l'origine dans le BTP, s'est replié davantage sur l’ingénierie et s'est tertiarisé avec le rachat de TF1 (1987), la création de Bouygues-téléphone (1994), la promotion immobilière, etc.

Ainsi, héritant d'un pouvoir semi-autoritaire et centralisé qui avait fait les beaux jours du grand capital industriel, Sarkozy va, malgré le verrou du gaulliste Fillon placé au premier ministère, l'utiliser pour assurer l'ascension de nouvelles fractions capitalistes, moins liées aux corps des ingénieurs de la bureaucratie d’État. L'objectif est aussi de casser la puissance sociale du grand patronat industriel, assise depuis 1945 sur un compromis de progrès avec les syndicats. Dès octobre 2007, l'assureur Denis Kessler, vice-président du patronat, déclare à la presse : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie. » C'est l'époque où le patronat s'était choisi (2005) une présidente venue du tertiaire (Laurence Parisot, de l'Institut français d'opinion publique), dont le mandat est marqué en 2007 par un scandale lié à la vieille Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), accusée de « corrompre » les syndicats. Bref, le capitalisme industriel se porte mal. L'offensive vise donc les deux piliers qui ont fait sa force : la haute bureaucratie d’État sortie des écoles d'ingénieurs et le pacte social de progrès de 1945.

C'est aussi l'époque où Jean-Marie Messier, polytechnicien, qui a cru devoir faire aussi l'ENA, venu du cabinet d’Édouard Balladur, se lance dans le tertiaire des communications avec l'aventure Vivendi – arrêtée nette par les parrains du capital installé – et le moment où commence à monter Patrick Drahi, futur patron d'un empire tertiaire (Numericable, SFR, journaux, chaînes de TV, etc.).

C'est sous le gouvernement d'Édouard Balladur – un énarque – que M. Sarkozy fait son entrée au gouvernement. Le président Mitterrand, ayant perdu les législatives en 1986, aurait pu faire appel à un autre premier ministre, davantage lié au gaullisme historique. Il a porté son choix sur Balladur. Celui-ci va mener bon train la privatisation des entreprises nationalisées en 1981, regroupant, démantelant et nommant de nouveaux PDG. De sa mairie de Paris, Jacques Chirac cautionne ou ne s'oppose pas à cette nomination, et se prépare pour la présidentielle de 1995. Or, à la surprise générale, Balladur va aussi se déclarer candidat, avec le soutien de Sarkozy et de Pasqua, tous deux étrangers à la « noblesse » d’État et aux milieux capitalistes industriels. Finalement, Chirac l'emporte mais fait entrer ces deux derniers au gouvernement. Mieux, il fait cohabiter tout le monde dans un cabinet dirigé par Dominique de Villepin, qui se réclame du gaullisme semi-autoritaire centralisé lié au capital industriel installé.

La compétition qui s'installe au grand jour entre Villepin et Sarkozy sous l’œil impuissant du président Chirac – il aurait pu démettre Sarkozy – reflète la maturité qu'a atteint en 2005-2006 l'antagonisme entre le capital industriel historique lié à la bureaucratie semi-autoritaire centralisée de type gaulliste, qui s'appuie sur le corps des ingénieurs, et les nouvelles fractions du capital français, davantage liées au tertiaire (distribution, banque, communications, médias, loisirs, etc.), souvent tenues par des hommes d'affaires montés de province et qui font de plus en plus appel à des managers issus de l'ENA, de HEC, etc. Le fait que Chirac laisse faire, puis que Villepin jette l'éponge, montrait déjà à l'époque que les élites d’État de type gaulliste, en alliance avec le grand capital industriel installé, et gouvernant l'économie de façon semi-autoritaire depuis Paris, avaient perdu. La présidence de Sarkozy allait consacrer cette défaite. Mais il ne fut pas réélu, les suffrages populaires lui manquant et qui, déjà, avaient pu, en 2012, répugner à approuver sa connivence de plus en plus marquée avec l'extrême droite.

Depuis, ce ne sont pas les rodomontades de « redressement productif » formulées en 2012 par Arnaud Montebourg, sous la présidence de François Hollande, qui semblent avoir changé quelque chose à l'offensive des fractions montantes du capital – voir l'adoption en 2016 de la loi travail et, emblématiquement, l'ascension de Pierre Drahi –, ni à la défensive du capital historique industriel installé qui, outre le contrat social lui ayant permis, depuis 1945, de garder et consolider ses positions, perd des pans entiers de ses entreprises, qui sont vendus à des capitaux étrangers – le département énergie Alstom vendu en 2014 à General Electric ; des capitaux chinois entrant dans Peugeot ; etc. Contrôlant dorénavant la plupart des grands médias privés – du journal de référence Le Monde à BFM-TV, seul Le Figaro leur échappant –, les nouvelles fractions du capital n'ont plus besoin de l'autoritarisme brouillon, diviseur et excluant de Sarkozy – sans compter un possible accident judiciaire. Le gouvernement semi-autoritaire de Manuel Valls y supplée, qui achève la transition historique à coups d'article 49-3. Il semble, cependant, que la nouvelle bourgeoisie patricienne ait consommé l'usage des leviers semi-autoritaires pour asseoir ses positions. Le laissez-faire en cours se charge de consacrer la défaite définitive du grand capital historique industriel.

Alliée des banquiers qui lui accordent les crédits qu'elle demande – Drahi a 50 milliards d'euros de dettes – et contrôlant les médias, cette nouvelle bourgeoisie recherche aujourd'hui, dans un cadre mondialiste, moins de centralisme autoritaire et davantage de libéralisme, une stratégie qu'on avait empêché Jean-Marie Messier de poursuivre avec Vivendi. Ce temps où l'opposition du capital installé pouvait entraver l'ascension des nouvelles fractions capitalistes s'activant dans le tertiaire est passé. Ce n'est plus l'heure des profils gaullistes ou socialo-communistes centralisateurs, pratiquant une politique incestueuse avec le grand capital historique, ni celle d'hommes autoritaires devant assurer une transition vers un capitalisme davantage rentier, mais plutôt celle de nouvelles générations libérales telles que les représentent Kosciusko-Morizet ou Macron, dont l'échec éventuel pour cette fois-ci ne sera que partie remise. Ayant accompli entre 2007 et 2012 la mission historique comme homme assurant la transition que cherchaient les nouvelles fractions du capital – et qu'achève Valls –, Sarkozy gêne davantage par ses outrances qu'il ne sert.

(*) Ahmed Henni est professeur d'économie à l'Université d'Artois, en France. Il a notamment publié Syndrome islamiste et les mutations du capitalisme (Non Lieu, Paris : 2007) et Le Capitalisme de rente : de la société du travail industriel à la société des rentiers (L'Harmattan, 2012).

 


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