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Dimanche, 25 Juin 2017

  •   Ihsane El Kadi
  • vendredi 3 mars 2017 13:59

Algérie, cette ombre immobile qui renvoie Merkel dans son avion et le Maroc vers la CEDEAO

 La chancelière Angela Merkel et le président Abdelaziz Bouteflika, le 8 décembre 2010 (dr)

 

La chronique hebdomadaire d’El Kadi Ihsane sur El Watan rappelle pourquoi la planète entière veut parler à Merkel.  Et pourquoi l’annonce du Maroc sur la CEDEAO est un coup de tonnerre.

 

 L’événement de la semaine est le choix d’Alger de ne pas recevoir Angela Merkel pour cause d’incapacité présidentielle à la rencontrer. Une myopie stratégique qui laisse sans voix. Il y a, en dehors de l’Union Européenne, des dizaines de pays dans le monde qui souhaiteraient recevoir la visite de Mme Merkel.

 L’Allemagne a un problème avec le reste de la planète. Elle dégage un excédent astronomique de sa balance commerciale. 297 milliards de dollars en 2016, ce qui lui a permis de passer devant la Chine (245 milliards de dollars). Le reproche lui en est déjà fait dans son périmètre européen. Il s’est étendu et s’est musclé outre Atlantique avec l’Amérique de Trump.

 Les déséquilibres durables des flux mondiaux ouverts ont produit des détresses cachées dans le monde industriel avancé. Une sorte de Mondialisation malheureuse à son centre (Etats Unis, Grande Bretagne). Tout le monde veut maintenant réduire son déficit commercial vis à vis de l’Allemagne. A défaut d’avoir quelque chose à lui vendre, il reste le retour aux barrières tarifaires et non tarifaires pour endiguer le flux entrant des produits et services germaniques. 

 L’Algérie est exactement dans la même posture vis à vis de l’Allemagne que la majorité des pays du monde. Elle participe pour environ 8 milliards de dollars à cet excédent géant de l’Allemagne. Berlin est le quatrième fournisseur de l’Algérie et ne figure pas dans le top dix de ses clients. C’est dire s’il existait un agenda important à discuter avec la chancelière allemande à Alger la semaine dernière.

 Une thématique complexe qui nécessite des arguments construits. Que le plus en forme des présidents Bouteflika n’est pas capable de débiter. Sa sortie du calendrier des rencontres de Merkel à Alger n’était donc pas un handicap pour la partie algérienne du point de vue de la requête centrale qu’elle avait à présenter à la chancelière allemande : réduire le déficit algérien vis à vis de l’Allemagne.

 

 Pas besoin d’Eurobonds mais d’investissements

 

Ce type d’asymétrie des performances économiques ne se corrige certes pas au lendemain matin d’une rencontre entre hauts responsables de deux pays. Mais des inflexions sérieuses peuvent s’engager à cette occasion. Dans l’Union Européenne, la revendication pour corriger l’excèdent allemand au détriment de ses clients du sud de l’Europe est connue. Il a été théorisé par l’ancien ministre grecque des finances, le flamboyant Yanis Varoufakis : «il faut recycler l’excédent allemand », c’est à dire le socialiser. 

 Pour que les pays dont le déficit vis à vis de l’Allemagne s’est creusé à cause d’une parité forte de l’Euro qui convient à la compétitive industrie allemande puissent bénéficier aussi du parapluie de la signature allemande.

La Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, financeraient leurs déficits par l’émission d’Eurobonds. C’est à dire un titre de créances garantit par tous les pays membres de la zone euro. Donc par l’Allemagne. L’Eurobond réduirait les frais financiers de l’endettement public des pays du sud de l’Europe. Il serait souscrit à des taux rémunérateurs beaucoup plus bas que ceux que doivent offrir les trésors publics des pays du sud de l’Europe lorsqu’ils émettent leurs obligations souveraines pays affaibli par pays affaibli. L’Allemagne refuse les Eurobonds. Elle ne veut pas renvoyer l’ascenseur à ses clients.

 L’Algérie n’est pas dans l’EuroZone.  Que peut-elle donc demander aux allemands pour réduire le déficit qui s’est creusé ces dernières années entre les deux pays ? Venir produire localement, une partie des biens et équipements que l’économie allemande exporte vers l’Algérie. L’investissement dans l’assemblage automobile de Volkswagen à Relizane, en partenariat avec son distributeur Sovac, ressemble à un ancêtre de piste possible.  Le contenu de l’importation, véhicule ou kits de véhicules à assembler, change.  A la marge.

 Il faudra aller beaucoup plus loin et se proposer, en Algérie, comme une plateforme relais de quelques filières des exportations allemandes dans le monde. L’industrie de la chaussure chinoise a connu il y a deux ans une première délocalisation. Vers l’Ethiopie. L’Algérie ne peut pas concurrencer les salaires éthiopiens. Mais elle a des atouts pour accueillir des segments entiers des métiers de la chimie, de la transformation des matières premières, ou de la mécanique allemande.  Et en exporter le produit.

 Mme Merkel voulait l’aide de l’Algérie pour fixer les flux migratoires vers l’Europe ? Cela tombe bien. Le recyclage de l’excédent allemand par l’affectation d’une partie de l’épargne germanique dans l’investissement industriel au Maghreb est une solution possible en Algérie. Bouteflika pour le défendre ?  Il n’y avait vraiment pas de quoi reporter ce voyage de la dame la plus courue de la planète. Prenons le risque de parier qu’il n’y aura plus jamais aucune rencontre Bouteflika-Merkel. Parce que le déficit algérien aura été comblé ?  Parce que Merkel va être battue par le social-démocrate Shultz aux prochaines élections ? Ou parce que Bouteflika ne sera plus là quand Merkel reviendra un jour à Alger ?  Fin ouverte.

 

 La frontière fermée contre qui ?

 

L’autre événement de la semaine économique est lié au premier. C’est même son reflet instantané. L’Algérie reporte l’UMA. Le Maroc va voir ailleurs. La demande officielle du Maroc pour intégrer la CEDEAO est un séisme de géopolitique. Le Roi Mohamed VI avait déjà prononcé, entre les lignes, l’oraison funèbre de l’Union du Maghreb Arabe, l’UMA, le mois dernier lors de son discours de retour au sein de l’enceinte de l’Union Africaine. Il enfonce le clou du cercueil en faisant œuvre de candidature pour rejoindre un autre espace économique régional, la CEDEAO, qui regroupe 15 pays de l’Afrique de l’Ouest.

 A ce stade des opérations, ce mouvement de balancier n’est pas certain d’atteindre son butoir. Il s’écoulera quelques temps avant que la demande de l’intégration marocaine ne reçoive une réponse positive des 15 pays de la CEDEAO. Enjeux politiques ? Pas seulement. La CEDEAO est une union douanière à la base. Certains de ses membres redouteraient l’arrivée d’un acteur dont une partie des produits peuvent être très fortement concurrentiels pour la production locale. Négociable.

 Le processus va donc sans doute avancer sur ce front. Le marché de l’Afrique de l’Ouest ne peut pas compenser pour l’économie marocaine une intégration maghrébine. Les potentiels et les synergies sont plus forts au Maghreb. Même si au sein de la CEDEAO figure le géant Nigérian. Mais tout de même, ce qui vient de se produire claque comme une menace d’isolement renversé de l’Algérie.

 C’est elle qui pensait confiner le Maroc en maintenant sa frontière terrestre fermée. C’est elle qui se retrouve enfermée alors que le Maroc a développé pour ses entreprises (et donc pour sa diplomatie) un hinterland africain qui retentit comme un salut, à l’heure où la croissance quasi-nulle est devenue une ADN européenne.

 L’approche de l’isolement du Maroc pour obtenir des concessions sur le respect du plan de règlement onusien au Sahara Occidental (référendum d’autodétermination) a échoué depuis longtemps. Elle devrait opérer une mise à jour stratégique qui veut que l’Algérie utilise l’intégration économique maghrébine comme un moteur de règlement du conflit au Sahara occidental et non comme un moyen de pression par son éternel report.

 Qui à Alger pour opérer cette mise à jour ? Abdelaziz Bouteflika ? Il incarne, à son corps défendant, l’immobilité parfaite de la pensée et de l’action, qui fait que l’Algérie renvoie Merkel dans son avion et le Maroc vers la lointaine Afrique de l’Ouest.


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7 Commentaires

  • Je trouve que le contenu de l'article est assez positif à la fois sur le plan de la forme et sur celui du fond. Sur le plan formel, l'auteur utilise un langage raisonnable dénué de toute sensibilité nationale émotive. Il nous change des articles quotidiens où il est question de ressasser les opinions des officiels où les insinuations malveillantes frisent les insultes. Sur le fond, je retiens deux idées pertinentes qui devraient être discutées et approfondies par tous les maghrébins de cœur et de raison. La première est liée à la possibilité de résoudre tous les problèmes dans un cadre maghrébin où les frontières disparaîtraient complètement. Il s'agit de mettre en place une communauté de destin sur tous les plans où les seuls principes à défendre se réfèrent au bien être du citoyen maghrébin : développement économique et social, démocratisation des institutions, adhésion collective aux principes d'équité , d'égalité et de justice. C'est la seule façon d'éradiquer le chauvinisme nationaliste qui nous cause tant de problème. La deuxième idée découle naturellement de la première. Le Maghreb uni serait une force redoutable, non seulement en Afrique et dans le monde arabe, mais également dans d'autres régions, particulièrement en Europe. Le Maghreb serait écouté, respecté et craint.

    Rapporter Mohammed Hlal dimanche 5 mars 2017 01:34
  • Ihsane , Bouteflika fait ce qu'il veut .S'il a vu qu'il n'y a aucun intérêt a recevoir Merkel ? Vous jugez les gens comme si vous êtes plus intéligent que ses conseillers et lui-même . Arrêtez de critiquer le pays et soyez objectif .

    Rapporter lahcen vendredi 3 mars 2017 23:52
  • Le Maroc candidat à la CEDEAO, un séisme politique? N'exagérons rien, Mr El Kadi. On peut estimer que cela rentre dans le cadre d'une politique commerciale active du Maroc en Afrique. Dans un contexte où, il est vrai, les arrières pensées politiques, par ailleurs légitimes, ne sont pas à exclure. Cela n'a donc rien d'exceptionnel, d'autant que les textes de l'Union africaine encouragent cette forme d'interpénétration entre économies africaine, prélude au projet d'intégration économique du continent. Ne pas oublier, dans le même sens, ce projet de zone de libre échange continentale que les présidents africains réunis au dernier sommet de l'UA ont prévu de lancer en cette année 2017.
    De la part du Maroc, l'approche par la CEDEAO relève d'un activisme de bon aloi. En revanche, l'immobilisme de l'Algérie sur le terrain économique africain est, par contraste, tout simplement assourdissant. M. Hedir

    Rapporter Hedir vendredi 3 mars 2017 21:53
  • Comment on peut isoler un pays qui a plus de 3000 km de côtes? le Maroc est ouvert sur les deux Amériques (Nord et sud), ouvert sur l´Afrique, l´Europe et l´Asie.
    Le Maroc a plus de 50 traités de libres échanges (free trade) avec differents pays dans differents continents.
    Le Maroc est membre du GATT depuis 1987et membre de l'OMC depuis 1995.
    C´est vraiment ridicule des respensables algeriens avec zero stratégie. L´algerie qui n´est même pas membre de l´OMC, veut isoler le Maroc, et tout ça pourquoi? pour avoir accé á l´Atlantique, et surement pas pour les beaux yeux des sahrawis séparatistes marocains.
    Au lieu de miser sur l´intégration éconiomique du Maghreb (l´union fait la force), l´Algerie cherche á diviser pour régner, résultat un vrai FIASCO. "Allah yehdihoum!"

    Rapporter Mo vendredi 3 mars 2017 18:32
  • Article intéressant, on a plus l'habitude de ne rien entendre d'autres depuis l'Algérie que les echos d'une propagande poussièreuse qui ne convaincra jamais le moindre marocain.

    Petite remarque sur ce passage

    "C’est elle qui pensait confiner le Maroc en maintenant sa frontière terrestre fermée. C’est elle qui se retrouve enfermée alors que le Maroc a développé pour ses entreprises (et donc pour sa diplomatie) un hinterland africain qui retentit comme un salut, à l’heure où la croissance quasi-nulle est devenue une ADN européenne."

    Avec sa façade atlantique et tanger, le Maroc ne sera jamais enfermé.

    Par contre l'algérie avec des conflits à toutes ses frontières et sa mentalité de forteresse assiégée s'est elle même isolée.

    Je ne m'en réjouis absolument pas mais force est de constater que la balle est à Alger et non pas chez nous.

    Rapporter latifa67 vendredi 3 mars 2017 18:21
  • A la lecture de l'article et des commentaires il ne me vient une réflexion.

    L'avenir commun entre nos deux pays est définitivement bouché. Je ne comprend même pas comment des patriotes algériens peuvent sérieusement penser qu'il existe un seul patriote marocain prêt à lâcher le sahara marocain. Le régime algérien ne connait malheureusement rien d'autre que le perdant / perdant ou le perdant / gagnant.

    Nous ferons tout ce qu'il est nécessaire et au delà, et avons déjà tourné la page de l'UMA pour aller voir ailleurs.

    A défaut d'une Algérie forte et alliée qui nous tire vers le haut nous devrons malheureusement nous contenter d'une Algérie affaiblie et belliqueuse qui n'a pas les moyens de nous nuire.

    Aussi, il ne nous reste plus qu'à espérer que surtout vous ne changiez rien. Restez comme vous êtes, votre echec viendra de la même médiocrité qui vous pousse à nous nuire, cela prendra le temps qu'il faut, 40 années de plus si nécessaire.

    Mes amitiés sincère à tous les algériens qui ont encore à coeur la fratérnité entre nos deux peuples. Quant aux autres, sachez que vos rêves de grandeurs et d'hégémonie sur le maghreb finiront dans les poubelles de l'histoire, s'ils n'ont pas détruit votre pays d'ici là, dieu nous en préserve.

    Rapporter maghribi_hamid vendredi 3 mars 2017 18:08
  • Je pense qu'EKI tape à coté au sujet de Merkel. Il n'y avait aucun agenda économique dans sa visite, son unique but était de venir à Alger pour convaincre l'Algérie de mettre plus d'empressement à récupérer ses clandestins, sujet qui est devenu central pour sa réélection. D'ailleurs, c'est ce qu'elle a fait avant (et obtenu) à Tunis. Je pense que le report à cause de la maladie de Boutef n'est que diplomatique pour qu'Alger n'apparaisse pas répondre aux pressions des Allemands. D'ailleurs, c'est Sellal qui est protocolairement tenu de recevoir Merkel et pas Boutef.

    L'argument du chantage pour que l'Allemagne délocalise en Algérie en compensation de la fixation des migrants pour l'Europe est presque risible. Et d'un les produits Allemands sont incontournables et de deux, les Allemands lisent le doing business. De plus, le problème des Allemands est avec les Syriens et pas les Sub-sahariens qui ont peu de chances de se retrouver dans les usines qu'ils sont censés construire en Algérie..

    Et une question. Quand on achète un Bund, une OAT ou un Tbond, on sait que demain l'Allemagne, la France ou les USA seront toujours là pour lever l'impôt sur leurs citoyens pour rembourser. Mais quand on achète un Eurobond, qui prouve que la communauté Européenne sera là encore dans 5 ou 10 ans et comment elle va imposer des citoyens de pays souverains ? Conclusion: ce n'est pas demain la veille que les Eurobonds verront le jour...

    Rapporter Truc vendredi 3 mars 2017 17:39
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